Cryopréservation ou autoconservation des ovocytes

Parmi les nouvelles technologies présentées comme utiles à la préservation de la fertilité, l’une en particulier suscite en France un engouement récent chez les femmes: la cryopréservation des ovocytes. Mais est-on en mesure aujourd’hui d’estimer avec justesse les bénéfices et les risques de cette technique ?

Pour en savoir plus : Cryopréserver ses ovocytes partie 1 :https://youtu.be/ybr6-RPPfKs

Cryopréserver ses ovocytes partie 2 : réflexions : https://youtu.be/JyMHkcuwHmE

Quel est le contexte en France ?

La loi de bioéthique de 2021 a ouvert aux femmes âgées de 29 à 37 ans la possibilité de « cryo-préserver » leurs ovocytes, afin de pouvoir ensuite les utiliser jusqu’à l’âge de 45 ans.

Auparavant cette technique était limitée à un contexte médical. Elle était réservée aux femmes qui présentaient une pathologie responsable d’un effondrement prématuré de leur réserve ovarienne, ou à celles qui devaient subir un traitement oncologique (une chimiothérapie) avec un risque d’altérer leurs ovocytes.

Quel est l’intérêt dans un contexte social ?

Cette technique est présentée comme une possibilité de retarder un projet d’enfant pour les femmes dans le doute sur leur choix de vie, de partenaire, d’évolution professionnelle. Des femmes se sont présentées dans les centres pour profiter de cette opportunité entièrement prise en charge par l’assurance maladie . Plus de 12 500 demandes ont été recensées en un an, de mi-2022 à mi-2023. Pour mémoire 50 800 couples ont recouru à l’Assistance médicale à la Procréation (AMP) en 2021 sur indication médicale.

 

Quelles informations les femmes devraient-elles recevoir ?

Ce processus comporte-t-il des risques ?

Il est important que les femmes aient conscience que cette procédure implique un protocole long et lourd : des injections hormonales au cours de deux à trois cycles consécutifs ; de nombreux rendez-vous ; des échographies ; des prises de sang (comme pour une FIV) puis une ponction des ovocytes sous anesthésie générale, deux à trois fois de suite, dans le but de recueillir, si possible, 15 à 20 ovocytes qui seront vitrifiés .

Les acteurs de la PMA connaissent bien le risque d’hyperstimulation ovarienne, complication la plus grave qui survient dans environ 1% des cycles de FIV, sous forme de douleurs abdominales, constitution de liquide intra-abdominal (ascite), d’épanchement pleural avec essoufflement, thromboses, phlébite et embolie pulmonaire, nécessitant une hospitalisation.

Il faut souligner que l’on propose ces protocoles à des femmes jeunes, à priori fertiles et en bonne santé.

Ces prélèvements itératifs sont à risque de faire chuter la fertilité au cours des mois suivants. Cette information est importante au cas où la femme change d’avis, rencontre un partenaire et qu’ils aient envie de devenir parents rapidement.

Ainsi, la question du projet de vie à court et moyen terme doit être suffisamment réfléchie au moment de faire ce choix de préservation des ovocytes. Une évaluation psychosociale et un suivi psychologique doivent être proposés, mais ils ne sont pas imposés.

La question de la santé du futur enfant est cruciale pour évaluer les risques liés à la cryopréservation des ovocytes. L’âge maternel avancé est associé à un risque plus grand d’accouchement prématuré et de bébé à faible poids à la naissance, plus fréquents chez les enfants de mères de plus de 40 ans.

Quelles sont les chances d’avoir un enfant après décongélation des ovocytes ?

Tout d’abord il faut rappeler que la femme désirant mettre en route une grossesse en utilisant ses ovocytes congelés passera obligatoirement par un protocole de PMA. Si elle est en couple, on lui demandera préalablement d’essayer naturellement.

Le document public de l’Agence de la Biomédecine précise pour l’année 2022 : « Après décongélation des ovocytes, la possibilité d’un transfert (d’embryon) n’est pas garantie :

Seules 72 % des tentatives de décongélation ovocytaires aboutissent à la réalisation du transfert d’au moins un embryon avec une moyenne d’ovocytes décongelés de 6.4 par tentative ( à partir de 4640 ovocytes fécondés en 2022) .

En 2022, 97 enfants sont nés à partir de 723 tentatives d’AMP réalisées avec des ovocytes préalablement congelés, soit un taux de succès de 13.4 %. »

https://rams-archives2023.agence-biomedecine.fr/sites/default/files/pdf/2024-08/ABM_PEGH_RAMS_AMP_2023_0.pdf

Cette information sur le taux de succès a toute sa place ……

Les succès sont également fonction de l’âge auquel les ovocytes ont été prélevés. À 37 ans les ovocytes sont déjà souvent considérés comme âgés par les professionnels de l’assistance à la procréation et les chances de grossesse diminuées.

Donc une femme de 37 ans qui viendrait de faire congeler ses ovocytes et qui voudrait les récupérer rapidement a des chances limitées de grossesse.

Dans sa fiche d’information de 2024, le site du CHU de Nantes mentionne bien : « Il est cependant impossible de garantir le succès en cas de réutilisation des Ovocytes congelés. »[1]

Il est légitime de s’interroger: A vouloir reporter trop longtemps un projet de grossesse, certaines femmes ne risquent elles pas de laisser passer la période la plus fertile de leur vie et la chance de devenir maman un jour? La cryopréservation des ovocytes n’est pas une assurance d’avoir un enfant.

Et pour quel taux d’utilisation ? (rentabilité)

Et in fine, l’analyse des taux d’utilisation de ces ovocytes congelés dans les pays ayant déjà proposé ce service depuis plusieurs années n’est que de 10 à 15 %. On peut donc craindre qu’une grande proportion des femmes ayant demandé la préservation de leurs ovocytes n’y aura pas recours: soit ses femmes auront conçu des enfants de façon naturelle entre temps, soit elles auront changé leur projet de vie.

Ce constat relativise dramatiquement l’intérêt d’une telle organisation, diffusion d’information, réorganisation des centres d’AMP pour absorber toutes les demandes, coûts pour l’assurance maladie.


[1] https://www.chu-nantes.fr/autoconservation-societale-des-ovocytes-preservation-de-fertilite-feminine-sans-indication-medicale

La cryoconservation élective des ovocytes est une décision qui ne doit pas être prise à la légère. Elle nécessite une réflexion approfondie et est généralement guidée par une équipe multidisciplinaire, comprenant un embryologiste, un spécialiste de la fertilité et un psychologue ou un conseiller. Leur rôle est d’aider les femmes à prendre des décisions éclairées en comprenant les risques, les avantages et les éventuels coûts associés à la procédure. Cela implique des discussions sur les taux de réussite, les implications potentielles pour la santé à long terme, les statistiques sur la progéniture conçue à partir d’ovocytes cryoconservés, la durée de conservation des ovocytes et l’importance de signer un consentement éclairé.

Les taux de réussite ont tendance à être plus élevés lorsque les femmes optent pour la vitrification des ovocytes à un plus jeune âge, car moins d’ovocytes vitrifiés sont nécessaires pour obtenir une naissance vivante. Paradoxalement, cependant, les femmes plus jeunes sont moins susceptibles d’utiliser leurs ovocytes vitrifiés en raison d’une plus grande probabilité de trouver un partenaire et de concevoir naturellement plus tard.

Des inquiétudes se posent quant à l’éthique de la fourniture de technologies de préservation de la fertilité à des femmes en bonne santé et fertiles, ce qui peut alimenter des attentes erronées quant aux taux de réussite et à la faisabilité médicale à des stades ultérieurs de la vie.

Gonen LD. Balancing choice and socioeconomic realities: analyzing behavioral and economic factors in social oocyte cryopreservation decisions. Front Endocrinol (Lausanne). 2024 Dec 20;15:1467213. doi: 10.3389/fendo.2024.1467213. PMID: 39758347; PMCID: PMC11695191.

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11695191