Infertilité inexpliquée et chances de grossesse

Vous avez dit «infertilité inexpliquée» ?

Un couple est dit en « infertilité inexpliquée », selon le terme utilisé en France par les médecins, à partir du moment où le bilan de base de fertilité ne révèle pas d’obstacle à la procréation. Il serait plus juste de parler « d’hypofertilité ».

Un couple peut bénéficier d’examens, bilan hormonal et spermogramme, si cela fait plus d’un an qu’il tente de mettre en route une grossesse sans succès, et avant un an si la femme a plus de 35 ans.

Il ne s’agit pas d’une réelle infertilité, encore moins de stérilité, mais plutôt d’un retard d’arrivée de grossesse par rapport à une moyenne. Ce terme « d’infertilité inexpliquée » peut donc inquiéter à tort. Les anglo-saxons utilisent plus fréquemment le terme de « sub-fertility ».

Au moins un couple sur deux verra démarrer une grossesse au cours de l’année suivante.
Le temps est la meilleure thérapeutique, mais le couple peut ressentir cette attente difficilement, c’est dans ce temps qu’un accompagnement et un soutien peuvent être très bénéfiques,  avant que le couple ne perde confiance dans sa  capacité à concevoir un enfant par lui-même.

Certes il peut être difficile de ne pas recevoir d’explication de la part du corps médical,mais la médecine et la biologie n’expliquent pas tout.

Avant de s’inquiéter, le couple peut revoir dans quelles conditions il a passé cette première année d’essai, si sa vie a pu être perturbée par un ou plusieurs événements, si son mode de vie est favorable à l’arrivée du bébé. (voir Quand l’enfant se fait attendre)
La plupart de ces questions ne sont pas posées lors des premières investigations médicales.

 

Quel sont les facteurs favorables à une grossesse naturelle en cas d’«infertilité inexpliquée» ?

Les facteurs de chance purement médicaux sont bien recensés.
L’appréciation médicale est que les chances seront meilleures si la femme est plus jeune, le délai sans conception plus court (temps passé depuis lequel on tente une grossesse), si une grossesse est déjà survenue antérieurement.
Dans ce cas, un facteur confiance va intervenir, le couple ayant déjà eu la confirmation de sa fertilité, ou de sa capacité à être parents.

Les facteurs concernant le mode de vie ne sont pas suffisamment pris en compte.
Comme chacun peut s’en douter, les chances sont meilleures si nous avons une activité sexuelle régulière, une alimentation équilibrée. Une activité physique ou sportive régulière mais non excessive est également un facteur favorable.
Les chances sont inversement proportionnelles à notre consommation de tabac, de cannabis, d’alcool, à l’exposition à des toxiques, environnementaux ou professionnels. (Voir aussi « 10 conseils »)

N’oublions pas de prendre en compte les périodes stressées de nos vies qui ont tendance à rallonger le délai de conception, et en parallèle les temps pour s’occuper de soi et répondre à ses besoins fondamentaux de repos, de vacances, d’activités ludiques, qui feront augmenter les chances de conception. (voir Stress et fertilité)

Et si vous vous demandez : Oups ! j’ai 35 ans, jamais eu de grossesse, cela fait plus de 2 ans que l’on essaye, je « fais tout bien », pas de tabac, alimentation saine, je prends soin de moi, nous faisons l’amour souvent…..

Ne désespérez pas !     (voir ci-dessous : Réflexions, causes et solutions)

Infertilité inexpliquée : PMA ou pas ?

Un couple en «  infertilité inexpliquée » souhaitant se tourner vers la Procréation Médicalement Assistée (PMA ou AMP) se verra proposer en général en première intention la technique d’insémination intra utérine (IAC). En France jusqu’à 6 tentatives d’IAC sont remboursées par la sécurité sociale. Si les IAC échouent, des FIV seront proposées.

Les chances de grossesse par IAC sont de 12% par tentative, 23 % pour les FIV.

Les couples souffrant à long terme de ne pas concevoir d’enfant considèrent généralement des traitements de PMA comme une option définitive, mais une relative forte incidence des grossesses hors traitement surtout chez les couples en infertilité inexpliquée, est fréquemment rapportée.

Quelque soit la durée de la période antérieure de tentative de grossesse, en moyenne un couple sur 4 met une grossesse en route de façon naturelle dans les 12 mois à venir. Ce même chiffre est retrouvé pour les hommes en hypofertilité modérée.
Cette moyenne varie en fonction de l’âge de la femme et de la durée de la période d’essai.

Grossesses naturelles après arrêt des parcours de FIV

Le nombre de grossesses naturelles, spontanées, chez les couples en infertilité inexpliquée a été étudié par de nombreuses équipes, en particulier néerlandaises, anglaises et françaises, avant, pendant ou après les traitements.

Après échec dans le parcours de PMA, 24% des couples conçoivent naturellement au cours des 2 ans suivants, 30 % dans une moyenne de 6 ans.

Pour les couples qui ont eu un premier enfant par PMA, 20 % d’entre eux concevront naturellement un deuxième enfant au cours des 3 ans suivants.

Ces observations ont motivé les Néerlandais à conseiller une information des couples et proposer un temps d’abstention thérapeutique (sans traitement de PMA) si les pronostics sont bons. Les couples à qui on propose de continuer de tenter naturellement, sont souvent réticents à « une abstention thérapeutique » car ils ont l’impression de « ne rien faire ». La PMA leur semble le seul recourt, avec très souvent une surestimation des résultats.

Réflexions, causes et solutions possibles

Les constatations de grossesses spontanées nécessitant des « délais à concevoir » prolongés, amènent à se demander quels sont les enjeux de ces délais.
Les raisons pour lesquelles le couple n’a pas réussi à concevoir jusque-là peuvent être les mêmes qui les mettront en échec en PMA.

Nous pouvons imaginer les temps de recul, de vacances, les réaménagements des rythmes professionnels, des temps de loisirs et des temps de partages conjugaux, l’écoute de ses rythmes biologiques, le simple fait de se donner du temps pour prendre soin de soi… qui ont favorisé la mise en route des grossesses naturelles rapportées dans de nombreuses études.

Les causes non appréhendées par les médecins

Certains médecins de la reproduction soutiennent que l’on finira par expliquer toutes les infertilités grâce au déploiement de plus de moyens diagnostics.

Mais aucun moyen diagnostic technique, passant par l’imagerie, la génétique moléculaire, l’immunologie, ou toute autre technique médicale de pointe, ne remplacera le dialogue avec le couple.

Permettre au couple de raconter les périodes difficiles par lesquelles il passe du fait même de ne pas être encore parent, mais aussi les stress professionnels ou familiaux, les stress physiques intenses auxquels l’un ou l’autre se soumet parfois pour une compétition sportive, pour des travaux dans la maison, ou bien d’autres situations… apporte souvent un éclairage sur le retard à la mise en route d’une grossesse.

Déjà le fait de parler, d’être entendu, reconnu dans ses difficultés, est un premier pas vers la thérapeutique. C’est un pas essentiel vers l’apaisement et l’ouverture mentale et corporelle à des solutions.

Tant que l’on ne tiendra pas compte non plus des inquiétudes des futurs parents, de leurs peurs, on passera à côté de causes d’hypofertilité : il peut s’agir d’une peur parfois difficilement avouable d’être enceinte, d’accoucher, ….de peurs dont l’origine peut être un événement vécu ou entendu par la personne elle-même ou transmise par l’histoire familiale. …Le traumatisme d’une IVG, d’une fausse-couche, de la perte d’un enfant, d’un abus sexuel, laisse des traces à long terme et peut « fermer » le corps à tout processus de procréation, qu’il soit naturel ou en s’aidant de la PMA.

« Fermer le corps » : Il s’agit, inconsciemment bien sûr, de fermer les communications entre les cellules limitant les transmissions d’informations, spasmer les vaisseaux diminuant l’apport des hormones nécessaires, limitant l’extension du réseau sanguin capillaire qui normalement ce met en place dans la paroi utérine pour une bonne nidation, ou pour l’homme de limiter la fabrication des spermatozoïdes ou leur pouvoir fécondant.

Cette fermeture du corps au processus de procréation est un phénomène d’évitement inconscient: plutôt éviter la grossesse, l’arrivée d’un enfant que de risquer de subir soi-même, ou de faire subir à son futur enfant un traumatisme vécu ou une mémoire de traumatisme.

A ce niveau rentrent en jeu les empreintes épigénétiques . Ce sont des phénomènes biologiques qui ont pour origine un ou plusieurs événements difficiles vécu par nous-mêmes ou par nos ascendants, et qui sont réversibles. Il est possible de lever les barrages épigénétiques, afin d’apaiser les peurs parfois inconscientes qu’ils ont créées, grâce à des thérapies appropriées qui peuvent être simples et rapides.

En bref…

Les gynécologues et biologistes de PMA n’ont pas le temps de se poser la question des blocages émotionnels.
En conséquence il est de la responsabilité de chacun et du couple de trouver des ressources d’aide et de soutien.

Les couples en infertilité inexpliquée depuis plusieurs années, dont beaucoup passent par des protocoles de PMA, perdent confiance en la possibilité d’une grossesse spontanée. Cela met le couple en difficulté, l’intimité sexuelle peut être perturbée, les tensions corporelles freinent les processus physiologiques, biologiques, hormonaux.

A la lumière de ces observations, il apparaît que les couples ont besoin d’être écoutés, reconnus dans leur inquiétude dès les premiers mois d’essais infructueux, et rassurés avant qu’ils ne commencent à douter d’eux.

Les couples peuvent avoir besoin d’un soutien pour garder confiance en leur capacité à concevoir un enfant et à devenir parents, être entendu dans  leurs difficultés dans cette attente, analyser et apaiser leurs peurs s’ils souhaitent les exprimer, vérifier avec eux différents paramètres de leur mode de vie pouvant influencer leur fertilité et leur donner des conseils, les orienter vers des thérapeutiques complémentaires alternatives.

Gardons en mémoire qu’une grossesse naturelle est toujours possible, avant tout traitement, pendant, ou après l’arrêt des traitements.

La Magie

On scrute les cellules au microscope, décortique l’ADN des spermatozoïdes ou celui des embryons en formation, explore les organes de la femme par tous les moyens. Pourtant les techniques scientifiques les plus avant-gardistes n’expliquent pas la magie de la vie, le miracle de l’arrivée d’un enfant qu’on attendait depuis 8 ans ou plus, qui décide un beau jour de venir se nicher dans le ventre d’une femme, au sein d’un couple « qui n’y croyait plus », devant des médecins abasourdis.

– Qu’est ce que signifie « apprivoiser » ? demandèrent les futurs parents.
– C’est une chose trop oubliée, dit le futur bébé. Ça signifie « créer des liens… »

                                             ………………….librement inspiré du Petit Prince

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